0912 L'herbe comme isolant naturel

Suisse : l'herbe comme matériau isolant

E.L | 17/03/2009 | 10:02 | Matériaux

Un nouveau système de production mis en place en Suisse permet d'utiliser l'herbe des prés en tant que matériau isolant et, par la même occasion, de la transformer en biogaz. Explications.

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Agrandir la photo Pose de panneaux isolants pressées Gramitherm

Stefan Grass aura su mettre en valeur le nom que ses ancêtres lui ont transmis. Ingénieur agronome, il est depuis longtemps persuadé que l'herbe peut servir à autre chose qu'à nourrir les bovins. Ce graminée que l'on piétine allégrement est pour lui un végétal multifonctionnel, aliment pour animaux, source d'énergie, mais aussi isolant pour les bâtiments.

Soutenu par la ville de Schaffhouse et des investisseurs privés, en 2001, il lance une application industrielle de son processus de séparation des différents composants de l'herbe, testé auparavant au sein d'une installation pilote. A l'époque, l'objectif poursuivi était avant tout d'extraire le potentiel énergétique du végétal, sous forme de biogaz ou d'éthanol. Les fibres restantes étaient alors utilisées non pressées comme matériau d'isolation à insuffler. Mais selon l'entrepreneur en herbe, l'impatience des bailleurs de fonds quant à leur retour sur investissement stoppa net l'aventure.

Deuxième essai transformé
Fort de sa première expérience, Stefan Grass renfile son costume de chef d'entreprise en 2004. Il développe alors un partenariat intelligent avec un paysan de la région d'Orbe, situé dans le canton de Vaud. Ce dernier assure l'extraction des fibres de l'herbe fauchée dans ses prés et son séchage. En échange, il récupère les résidus dont une eau riche en nutriments qu'il peut valoriser dans une installation de production de biogaz, mise en place par la société de Stefan Grass, Biomass Process solution. L'entreprise se concentre désormais uniquement sur la fabrication de l'isolant et, au lieu de proposer des matériaux bruts, elle mise désormais sur des panneaux isolants pressés.

C'est maintenant au sein de Granit S.A, membre du Technopôle de l'environnement d'Orbe, que Biomass Process solution (BPS) a mis en place le procédé de production de son isolant baptisé Gramitherm®.
Les matières digestibles sont tout d'abord séparées des fibres pour être valorisées séparément. L'étape suivante consiste à lier les fibres entre elles. «Pour l'instant, nous ajoutons 7 à 10% de polyéthylène comme liant, mais nous espérons trouver une solution plus écologique avec un produit à base d'amidon» confiait Stefan Grass au magazine de Suisse Romande « Terre et nature », en novembre dernier. Pour finir, afin de protéger le matériau contre le feu, les champignons et les rongeurs, comme c'est déjà le cas pour des isolants naturels tels le chanvre ou la laine de mouton, il ajoute du sel de bore.

Procédé économe et rapide
Le procédé utilise efficacement les surfaces d'herbe : 200 m3 de Gramitherm peuvent être produits par 1 ha de pré, soit l'équivalent de l'isolation de sept maisons familiales. Ainsi, Stefan Grass estime que pour fournir 5% du marché des isolants en Suisse, il ne faudrait qu'une surface d'environ 1000 ha, soit seulement 0.1% de la surface totale des pâturages de la Confédération helvétique. Il n'y aurait donc, à ce stade, aucune concurrence avec la production alimentaire.
La petite chaîne de fabrication actuellement en fonctionnement surprend aussi par sa vitesse de production. En deux heures, elle peut produire une quantité de panneaux suffisante pour isoler un chalet Suisse.

Produit homologué
Gramitherm® est conforme aux normes en vigueur et a reçu l'homologation au niveau Européen.
La conductivité thermique, soumise à la norme européenne EN 12667, est comprise entre 0,034 et 0,038 W/m.K ce qui correspond à celles des laines minérales (verres ou roches). Afin de faire varier la résistance thermique, de nombreuses dimensions et épaisseurs sont disponibles avec des densités allant de 30 à 80 kg/m3.
D'autre part, la faible valeur du coefficient de résistance à la diffusion de vapeur, compris entre 1 et 2, et l'absence de croissance de champignons font aussi de ces panneaux un matériau isolant fort intéressant.

Seul bémol, la réaction par rapport à la réaction au feu du produit, il n'est classé qu'à l'Euroclase E. Ce qui signifie qu'en cas d'incendie, il contribue fortement à sa propagation.
Concernant le prix, Stefan Grass se veut rassurant. «Nous sommes deux fois moins chers que les produits comparables tirés du chanvre ou du lin.» Pour des panneaux de 30 kg/m3, d'une épaisseur 60 mm le m2 est à 10.50 franc suisse soit 6.25 euros.

Système de production exportable
Le plan commercial prévoit aussi la vente de licences du procédé industriel. Outre le système de production et l'homologation technique européenne, les acheteurs de l'installation recevront une formation dans l'assurance qualité. La société BPS a déjà trouvé deux clients intéressés par la construction d'une bioraffinerie pour le traitement de l'herbe en Allemagne et en Irlande.
Les coûts de transport de ces panneaux légers (30 kg par m3) mais volumineux sont élevés. L'emplacement idéal doit donc se situer entre des zones agricoles avec prairies et de grandes agglomérations où la demande est forte.

E.L | Source LE MONITEUR.FR

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